delpireneufLes éditions Robert Delpire ont été créées en 1951, dans la continuité de la revue d'art Neuf fondée en 1949. Elle fut le fruit de la collaboration entre deux grandes figures : d'abord Robert Delpire, lui-même, alors étudiant en médecine et amateur éclairé et Pierre Faucheux, driecteur artistique du Club français du livre et directeur des éditions K éditeur (voir le site de l'IMEC). Neuf se veut une révue d'amteurs d'arts, associant des auteurs de renom (comme Henry Miller, Jacques Prévert, André Breton) et des artistes déjà reconnus, en particulier des photographes (Brassaï, Robert Frank, Doisneau).
A la suite de la revue, Robert Delpire lance trois collections d'albums photographiques ("Huit", "Neuf", "Dix") et reprend en grande partie les principes de la revue. Il conçoit également des projets d'édition d'envergure comme une Encyclopédie essentielle rassemblant des textes de spécialistes et des reproductions artistiques et photographique (on y retrouve Lartigue par exemple). Dans les années 1960, toujours dans la même lignée, une collection d'architecture est lancée, ainsi qu'une collection de livres d'art. On retrouve par exemple La Tour Eifel de Roland Barthes dans la collection Le Génie du lieu

lefollbouquetC'est dans cette veine, voulant touché un plus large public, que Robert Delpire propose également des livres pour enfants. Car, outre des photographes et des peintres de renom, Robert Delpire réunit autour de lui de nombreux graphistes. Parmi ceux-ci on peut citer André François, Alain Le Foll, Georges Lemoine, Noëlle Lavaivre ou Hans Troxler. Comme pour les autres ouvrages, l'attention est surtout porté aux relations, dans la mise en page, entre la lettre et l'image. Pour une bonne part le principe est le même : associé une présentation recherchée et une lisibilité immédiatement accessible.
Dès 1955, Robert Delpire concçoit, dans cet esprit, un premier livre pour enfant, à la fois d'une apparence simple et d'un contenu philosophique profond : ce sera On vous l'a dit écrit par Jean L'Anselme et illustré par André François.

Delpire poursuivra ce travail en créant la collection "Dix sur dix" et en confiant la direction, littéraire à Etienne Lalou et la driection artistique au peintre Jacques Monory (voir son site personnel : http://www.jacquesmonory.com/) Ici, le livre outre
sa présentation doit montrer des valeurs artistiques. Par la forme, le format, la typographie, un ouvrage pour enfant doit, dans cet esprit, associé directement l'image au texte, le texte illustré au contenu de l'histoire. On retrouve cette même ligne éditoriale dans les ouvrages que la maison Delpire va édité par la suite. En effet, dans le catalogue de Rfran_oiscrocodileobert Delpire, on pourra trouver, dans les années qui suivent Les larmes de crocodiles d'André François (1956), Un soir sans lune de Noëlle Lavaivre (1963) ou encore C'est le bouquet de Claude Roy et illustré par Alain Le Foll (1964). Ces ouvrages, bien souvent considérés comme avant-gardistes par la profession au moment de leur sortie, feront date et seront, en grande partie, les premiers signes d'un changement important d'optique dans l'édition pour la jeunesse en France. De 1967 à 1969 deux nouvelles collections apparaissent, intitulée « Actibom » et « Multibom », qui, avec une dizaine de titres, proposent en autre des images coloriables pour les plus jeunes enfants. 

sendakmax1Mais Delpire fut également l'introducteur en France de deux livres importants dans le livre pour enfants. D'abord, par ordre chronologique, Les Tambours de Reiner Zimnick publié en 1958. Et surtout en 1967 Max et les maximonstres de Maurice Sendak (Where The Wild Things sorti chez Harper). Presque inconnu en France à cette époque (si ce n'est des spécialistes de la presse et de la caricature), ces artistes proposaient d'autres formules : il n'atait plus questions désormais de proposés une simple illustrations en vignette d'un texte littéraire, mais, au contraire, de raconter en images une histoire destinée aux jeunes lecteurs. L'image et la couleur, le cadre et la mise en scène dans la page devenaient essentielles, voire nécessaires. D'un côté, avec Les Tambours, Zimnick, par sa mise en page satirique, à côté d'un texte ample et complexe, déclenchait, par la disposition des personnage, le mouvement d'une foule et la résonnance, de page en page, de cette marche au son du tambour. De l'autre, avec Max et les maximonstres, Maurice Sendak, par ces zimnicktamboursprocédés graphiques, se raprochait du monde de l'enfance, en montrer les joies et les peurs, et pouvait, par une alternance de formes et de mots, jouer avec l'objet livre comme les enfants eux-mêmes.

Même si le succès fut loin d'être au rendez-vous dans ces premières années, Robert Delpire fut sans aucun doute l'un des éditeurs importants de l'édition pour la jeunesse contemporaine. La plupart des ouvrages qu'il a proposés sont désormais des classiques et nous aurons, bien souvent, l'occasion d'y revenir.


A noter qu'un rétrospective en hommage à Robert Delpire sera présentée aux Rencontres photographiques d’Arles du 7 juillet au 13 septembre 2009 (http://www.rencontres-arles.com) puis à la Maison européenne de la photographie (MEP) à Paris.