rybackcouvEn visitant l'exposition Futur antérieur. L'avant-garde et le livre yiddish, en février dernier au Musée d'art et d'histoire du judaïsme, j'ai pu mesurer à quel point les années 1914-1922 ont pu être riches pour de nombreux artistes de l'Europe de l'Est. Car cette période spécifique au début du XXème siècle contribua largement à revisiter la vision de l'avant-garde dans les pays de l'Europe de l'Est. Entre outre, entre tradition et modernité, cette période très créative peut être considérée comme la naissance de deux grands courants artistiques d'importance, le suprématisme et le constructivisme.

L’exposition présentait essentiellement des livres et des dessins (souvent de petits formats) qui furent à l'origine de la modernité juive et qui contribua largement au renouveau graphique de la Russie et d'autres pays tels que l'Ukraine, la Pologne et la Biélorussie.

En tentant de retrouver la mémoire d'un passé (comme par exemple le relevé de peintures de sinagogues) et le renouveau d'une culture populaire, naît ainsi un courant artistique tout à fait original. Ainsi, p
armi ces artiste, El Lissitzky, Salomon Youdovine et Issachar Ber Ryback découvrent dans la synagogue de Mogilev des peintures et des motifs réalisés par un peintre juif du XVIIIème siècle. L'exposition présentée à Paris détaille les croquis réalisés par les trois hommes pour qui ces trésors d’art figuratif sont une immense surprise et seront pour une bonne part la base de la travail futur.
On mesure alors, au fil de la visite, toute l'influence d'un renouveau de la culture yiddish, dans la peinture comme dans les arts graphiques ou dans l'édition. Comme chez Chagall (où sont présents quelques-uns de dessins datant de cette époque) qui ne cessera, dans sa peinture, de faire réfernce au motifs issus de l'art populaire yiddish. Pour El Lissitzky, ces recherches graphiques seront un point de départ que l’artiste reprendra dans de nombreux livres, et notamment les ouvrages destinés aux enfants.

lissitzkyL'un des autres mérites de cette exposition était de donner la part belle à l'illustration. Tel est dejà le cas avec l'affiche de l'exposition représentant une oeuvre d'El Lissitzky tirés de Shifs karta (Billet de bateau) dans Shest povestey o lekgkih kontsakh (Six contes sur des fins faciles) d’Ilya Ehrenbourg en 1922. De son côté Nathan Altman (le premier illustrateur des contes du Chat perché en 1934) tente d'associer les nouveaux motifs populaires et l'alphabet hébraïque, en donnant des compositions nouvelles, parfois étranges, et en associant avec plus de pertinence textes et images.

Parmi les nombreuses pièces de cette exposition, j'ai pu aussi découvrir pour la première fois les illustrations originales de Issachar Ber Ryback. Ce qui m'a beaucoup étonné, tant son modernisme semble d'actualité. Issachar Ryback est en 1897 à Yelizavetgrad en Ukraine. Il fait des études artistiques dans les années 1911-1916 à l'Académie des Beaux-Arts de Keiv puis à Berlin. A partir de 1926, il s'installera définitvement à Paris et travaillera aux côté de Chagall, Modigliani ou Soutine. Issachar Ryback est l'un des principaux représentants de l'Ecole de Paris qui regroupait des artisties d'origine juives venus de l'Europe de l'Ets et de la Russie. Dans l'exposition du MAHJ on peut admirer nombre de ses oeuvres et parmi elles, les illustrations
pour un volume non publié de Mayselekh far kleyninke kinderlekh (Contes pour les petits enfants) écrit par Miryam Margolin, vers 1922.
Cette vision de l'art pour enfant, telle que le propose Issachar Ryback dans les années 20 me semble importante, encore aujourjd'hui. En voici quelques exemples :

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On peut retrouver un grande partie de l'oeuvre d'Issachar Ryback sur le site de la Fondation Ryback :  http://www.comite-ryback.org/