Martin Parr
Martin Parr à Paris enfin ! Et même si on pourra également voir son travail à Arles, il faudra assurément aller cet été dans la capitale française pour admirer Planète Parr, la collection de Martin Parr au Jeu de Paume du 30 juin au 27 septembre 2009. Pendant plus de trente années, Martin Parr a réalisé un vaste travail documentaire sur la société occidentale, principalement en Grande-Bretagne, son pays d’origine. Mais il s’est aussi intéressé aux phénomènes de la mondialisation tels que le tourisme de masse, les comportements consuméristes ou le soi-disant temps libre. Son travail est aujourd’hui considéré comme une satire de la vie contemporaine démasquant le grotesque dans le banal.
Pour la première fois sont exposés non seulement son extraordinaire collection de livres de photographies et d’épreuves d’auteurs britanniques ou internationaux, mais aussi un grand nombre d’objets ou de curiosités collant au plus près de l’actualité politique ou sociale (les montres Saddam Hussein, le papier toilette Oussama Ben Laden ou les théières Margaret Thatcher…), ou reflétant l’absurdité et la vacuité de notre société de consommation (trône en tête des objets recherchés et amassés par Martin Parr le plus gros paquet de chips jamais commercialisé !).
Bref de quoi éclairer un peu plus nos nuits étoilées de l'été.
Arthur Tress
Le travail photographique d'Arthur Tress est depuis longtemps reconnu et ses expositions internationales en sont la preuve. On connaît également son association avec Michel Tournier, notamment pour Rêves paru aux éditions Complexes en 1979. Né à Brooklyn en 1940, diplômé du Bard College de New-York, Arthur Tress a d'abord été un photographe reporter. Après avoir traversé l'Europe, l'Égypte, le Japon, l'Inde et le Mexique, il s'installe à Stockholm, en Suède et commence par travailler comme photographe pour le Musée ethnographique de Stockholm. C'est à partir du milieu des années 70 que ces images sont reconnues. Il aborde le plus souvent différentes thématiques, entre étrange et surréalisme, renouvellant les techniques du portrait, du nu ou de l'installation d'objets.
Mais, ce qui me fascine souvent chez Arthur Tress se sont ces photographies d'enfants. Elles ne sont jamais mièvres. Tress semble laisser aller son regard et nous montre fréquemment des enfants défavorisés, issus de nul part, faisant leur vie comme nul autre pareil. Il ne cherche pas à nous émouvoir ni à nous donner une perception drôle de l'enfance. Bien au contraire, Arthur Tress avec l'enfance semble avoir un rapport étrange, tout à la fois extérieur et sans concession. Comme si déjà ces enfants étaient des petits hommes et naviguaient dans un monde qui étaient bien à eux. Et c'est bien ce regard interrogateur qui nous plait.
Le site personnel d'Arthur Tress : www.arthurtress.com

Études Photographiques n°23
A l'occasion de la sortie de son n°23, la rédaction d'Études Photographiques annonce que le revue est désormais bilingue (français-anglais), s'élargissant ainsi à un lectorat international.
Au sommaire de ce nouveau numéro (en autre, repris à partir du blog d'André Gunthert)
- Bernd Stiegler, "Quand une vue d’arbres est presque un crime. Rodtchenko, Vertov, Kalatozov"
Lorsqu’en 1928 l’artiste et photographe russe Alexandre Rodtchenko se trouva accusé, dans un article anonyme, de plagiat et de formalisme, il était clair qu’il en allait de son existence: un tel reproche équivalait en effet, dans la Russie des années 1920, à un discrédit politique. Parmi les exemples qui furent alors donnés à charge contre lui figurait une photographie de pins. Il s’ensuivit une violente polémique qui se vida dans l’espace public et dont l’enjeu n’était en somme rien moins que la fonction de l’art. Eu égard à la célébrité de cette querelle, on est forcé d’interpréter toute référence à la vue choisie par Rodtchenko non seulement comme une citation, mais surtout comme un commentaire politique. Or, il est à noter que dans deux films en particulier (Trois chants sur Lénine de Dziga Vertov et Quand passent les cigognes de Mikhaïl Kalatozov), des vues d’arbres, montrés dans la même perspective que celle de la photographie de Rodtchenko, interviennent à un moment important. Cette transformation d’une photographie en un plan de cinéma entraîne toute une politique des images, celle menée sous le stalinisme.
- Thierry Gervais, "Les dessous de la 'garde-barrière'. Les hésitations du journal L’Illustration à l’égard de la photographie (1880-1900)"
Dans les journaux français, on observe un décalage entre la publication des premières images en similigravure au début des années 1880 et l’usage massif de la photographie à la fin du XIXe siècle. Cet intervalle de presque deux décennies dans la chronologie reste généralement inexpliqué dans les histoires de la photographie. Pour éclairer cette période, quelques images sont présentées comme des pivots dans le développement de la presse illustrée. Celles réalisées par Nadar à l’occasion du centenaire d’Eugène Chevreul, la vue de "Shantytown" ou l’image de la "garde-barrière" publiée dans L’Illustration en 1891 interviennent comme des étapes clés, ouvrant l’ère de la presse illustrée moderne. Cependant, l’analyse du montage de la garde-barrière et des autres photographies de cette période conservées dans les archives du journal L’Illustration permet de constater que ces images ne sont pas à l’origine d’une scission. Bien au contraire, elles révèlent une convergence des techniques et une hybridation des formes de l’information qui témoignent d’une assimilation lente du médium photographique au processus d’illustration.
Informations, commandes: Société française de photographie 71, rue de Richelieu, 75002, Paris, tel : +33/1 42 60 05 98.
Gabriel Desplanque
Gabriel Desplanque c'est un peu le monde de l'enfance revisité en photographie. Mais cetrainement pas un monde naïf. Non, plutôt un monde tendu, un espace qui se pose sans cesse des questions fait de petits riens et de choses entrevues au coin d'une porte. Car Gabriel Desplanque n'est pas bavard. Il préfère interroger les endroits qu'ils croise ou qu'il construit. Là une piscine, là un bloc de béton démoli, ici encore un mur verdartre où ne peut apparaître qu'un pied en volume. Gabriel Desplanque est un touche à tout (photographies, volumes, vidéos, dessins) et montre surtout à voir des formes, des hybrides perdus, des mèches de cheveux ou des jouets qui vont vers une vie insensée. Et c'est bien le propre de ce jeune photographe, donner à voir des choses extraordinnaires pour mieux s'affronter, se cogner, s'interroger sur un probable devenir. Tout un monde d'enfance, en somme, qu'il recrée, qu'il tend à être. Mais un monde de l'enfance à la Gabriel Desplanque, rien qu'à lui... et à nous un peu.
Le site de Gabriel Desplanque : http://www.gabrieldesplanque.com/
Steichen, la photographie et les enfants
Entre 1890 et 1914, le pictorialisme occupe une place charnière dans l'histoire de la photographie : dérivé du terme anglais « picture » signifiant « image », ce mouvement s'est constitué autour de l'idée d'élever la photographie au rang des beaux-arts et de proposer une autre mise en scène du réel. Alfred Stieglitz tout comme Edward Steichen (1878-1973) en sont les principaux représentant du côté des Etats-Unis.
En 1930, à l'instigation de sa fille Mary Steichen Calderone (1904-1998), Edward Steichen, photographe déjà célèbre et reconnu par son travail, réalise 24 clichés de natures mortes proposant des objets facilement reconnaissables par les enfants. C'est à partir de ces clichés qu'un ouvrage à destination des enfants est proposé, intitulé The First Picture Book : Everyday Things for Babies (édité par Harcourt, Brace and Co). D'abord confidentiel, l'ouvrage en édition de ête est tiré à 250 exemplaires enrichis de 2 photogravures originales imprimées à la main. En 1931, parait, comme une suite, The Second Book: Everyday Things for Babie.
L'ouvrage se présente d'abord comme un abécédaire en image et, par sa relation visuel, se veut un premier contact avec le livre et la lecture. Les images sont ici minimalistes et représentent surtout des objets du quotidien (comme son titre l'indique). L'idée étant surtout que la photographie, considérée ici comme art à part entière, puisse révéler ce que chaque jour les jeunes enfants pouvaient voir ou toucher et ainsi les considérer d'une autre manière. En ce sens, Steichen reprend les théories développées par le Bank Street College of Education de New York qui affirmait que l'éveil des tout-petits passait principalement en
utilisant les objets de leur environnement immédiat. Les images sont ici frontal, sans commentaire superflu. La cadrage est serré au plus près de l'objet, seule la lumière peut sembler à certain moment discordante. Ce procédé en apparence simple et efficace sera l'un des grands principes du livre d'images à destination des enfants pour une longue période. En ce sens, les ouvrages des Steichen sont précurseur.
L'ouvrage, encore indisponible dans une version française, a été réédité en 1991 par le Whitney Museum of American Art. New York, avec une préface de John Updike.
Voir un dossier pédagogique sur Steichen : http://www.educa.ch/tools/72615/files/dossierPedagogique%5B1%5D.pdf
Georges Rousse
Depuis le début des années 80, Georges Rousse propose un travail qui, tour à tour, aborde les domaines de la peinture, de la sculpture ou de l'architecture. Il transforme, par ses installations et par son regard, des lieux parfois inédits ou des espaces abandonnés. Georges Rousse exprime dans ces lieux vides, hors du temps, de nouvelles conceptions, un nouveau regard comme pour mieux se l'aprivoisé. Usines désaffectés, entreprôts délaissés, monument laissés à l'abandon (comme à Reims par exemple il y a quelques temps), tous ces lieux voués à la destruction prennent avec le travail photographique de Georges Rousse une autre dimension. Car, par son intervention, en forme de structure saillante et coloré, naît une image virtuelle, visible en un point unique, et dont l’artiste garde la trace par une photographie. On pourrait croire à une sorte de trome-l'oeil ou une récréation éphémère. Mais ce simple jeu visuel est aussi une expérience d'ordre intérieure. Il suffit d'avoir assister à l'une de ses installation pour s'en convaincre. On pourrait très certainement appréhender ce travail artistique original avec de très jeunes enfants, afin de mieux mettre en valeur un espace et de savoir comment agir dessus de manière créative. Reste que cette oeuvre est surprenante et pourrait sans nul doute être promue dans un ouvrage destiné à la jeunesse.
Le site de Georges Rousse : http://www.georgesrousse.com/
Hally Pancer
Je connaissais la photographe Hally Pancer pour avoir vu quelques-unes de ces images à Paris. Mais certainement, de passage, je les avais vu trop vite. Et puis est arrivé son travail intitulé "Open Road" à la Galerie Madé (l'exposition était visible jusqu'en mars 2009). Hally Pancer est née à New York en 1961, puis a vécu en Israël de 1988 à 2001, avant de s'installer en France. C'est certainement de ce déracimement qu'elle emprunte des chemins de traverse. Des rencontres impossibles, une envie toujours sensible de dire l'humain. C'est ce que j'aime dans ces photographies. Comme dans celle qui illustre ce petit article. Des enfants, un peu de nul part, des positions comme figées par un oeil expert, mais prêts au premier mouvement de cil à partir à l'aventure. Une belle série.
On peut découvrir le travail d'Hally Pancer sur son site personnel : http://www.hallypancer.com
Helen Lewitt
A 95 ans, Helen Lewitt vient de partir. Je ne pouvais m'empêcher de lui rendre ici un petit signe... Je me souviens d'avoir vu une belle retrospective il y a quelques années déjà au Jeu de Paume. La Fondation Cartier-Bresson avait également exposé une partie de son travail voici deux ou trois ans. Helen Lewitt photographe des années 40 dans la mouvance de ce qu'on appelle la "street photography" était depuis longtemps reconnue (elle avait une grande adminration pour Michael Ewans et Henri Cartier-Bresson). Il est vrai que les images de cette photographe américaine font désormais partie de notre mémoire. Ces scènes de vie dans les quartiers de New-York (Harlem, le Lower Eats Side) où des enfants jouent et sautent sans aucune contrainte dans un environnement urbain, fascinent encore.
Car la plupart de ces clichés semblent comme être pris sur le vif. Je me souviens
particulièrement de cette image de trois enfants sortant d'un immeuble, munis de masques, comme s'ils partaient à la chasse au bonbons ou comme s'ils s'apprétaient à faire un mauvais coup. Tout le monde de l'enfance était ici résumé, dans sa plus belle spontanéité. Comme d'autres, je considère qu'Helen Lewitt était une des plus importantes photographes contemporaines. Ses portraits d'enfants m'ont longtemps fascinés et c'est un peu avec elle aussi que je me suis intéressé d'un peu plus près aux images représentant des enfants.
Galerie de photos : http://www.lensculture.com/levitt.html
Ludovic Bollo
Je ne connaissais rien de Ludovic Bollo et de son travail. Je l'ai découvert un peu par hasard en allant sur le blog d'Illustrissimo (saluons au passage le beau travail que réalise cette agence). Ludovic Bollo est photographe, en particulier pour la mode et la publicité. Il a participé à de nombreuses expositions et notamment à Paris-Photo en novembre 2004. Mais sans doute, là n'était pas mon intérêt. Et puis, en me ballandant un peu, je suis tombé en arrêt sur sa dernière exposition (en décembre 2008) à la galerie M. le Maudit à Paris, intitulée Chancay Dolls. Ludovic Bollo propose ici un série de 26 épreuves gélatino-argentiques autour de sa collection de poupées péruviennes (Tirages effectués par Jean-Pascal Laux). Comme supendu, il y a beaucoup à voir avec la marionnette, un peu sans doute aussi avec le Golem. On peut également rapprocher la série de Ludovic Bollo au travail de Sarah Moon ou à certaines poupées Kachina des Indiens d'Arizona. Bref, ces portraits noir et blanc m'ont beaucoup ému et j'attends avec impatience une autre exposition.
Voir le travail de Ludovic Bullo : http://www.demi-teinte.fr/portfolios/ludovicbollo/pageludovicbollo.htm
Doyle, Baskerville et l'illustration (1)
Le Chien des Baskerville de Conan Doyle est encore réédité en édition jeunesse. On trouve le texte, version poche, chez Flammarion-Père Castor, chez Gallimard jeunesse (version Folio junior) et chez Hachette jeunesse. On peut également se procurer chez Gallimard, dans la collection "Ecoutez lire", une version audio depuis l'année dernière. "Livre canonique" comme le souligne la Société Sherlock Holmes de France (on peut y voir une riche bibliographie de l'ouvrage), il semble à-priori que les aventures des Baskerville fasse encorde recette parmi les jeunes lecteurs. Ou tout au moins parmi leurs professeurs... car sans aucun doute ces versions poches allient pédgogie et découverte de la littérature policière, au moins pour le niveau collège (d'ailleur Hachette éducation a ajouté au texte des notes, un questionnaire et un petit dossier dans son édition de 2004).
On peut cependant se poser la question de l'illustration du célèbre texte d'Arthur Conan Doyle, car depuis de nombreuses années les innovations dans ce domaine sont rares et les images qui sont associés à ce texte reste plutôt convenues. On notera cependant un seule édition, sortant un peu du lot, proposée par Gallimard jeunesse dans la collection des Chefs-d'oeuvre universels et illustrée par Jean-Michel Nicollet. Sans être originale, cette édition est toujours accessible en librairie.
Pourtant peut d'illustrateurs ou de créateurs d'images se sont confrontés à ce texte. Sans doute faut-il voir là la trop grande influence des adaptations cinématographiques et télévisées aux dépens des images illustrées. Il faut néanmoins noté que le texte de Doyle a été à de très nombreuses fois illustré par le passé et ce dès sa parution. On peut en donner ici quelques exemples. Comme les images de Sidney Paget parue dans The Strand Magazine à partir d'août 1901


Voir sur ce point, la Pinacotheca Hilmesiana : http://www.ignisart.com/camdenhouse/gallery/index.html
Mais peu d'illustrateurs jeunesse ont oser braver les stéréotypes déjà bien établis à l'époque de Conan Doyle ou en donner une version beaucoup plus originale et décalée.
Il faut en effet se tourner vers la photographie pour trouver un travail artisitique autour des Baskerville. Comme le formidable travail photographique de Michael Kenna qui voulait rendre une atmosphère plus étrange encore de ces paysages anglais. Hound of the Baskervilles sur des images de Michael Kenna est paru en 1996 chez Northpoint Press à San Francisco. On attend encore un tel travail en France... et pourquoi pas un jour, un livre destiné à la jeunesse.
- Le site de Michael Kenna : http://www.michaelkenna.net
- Voir également, un texte de Stéphane Lojkine sur la parodie et le pastiche dans Le Mystère de la chambre jaune de Gaston Leroux intutilé "Source, modèle, dispositif : Le Chien des Baskerville" : http://galatea.univ-tlse2.fr/pictura/UtpicturaServeur/Fiction/DoyleLeroux2.php
