zurn1Le Drawing Center de New-York présente du 17 avril au 23 juillet 2009 une exposition intitulée Unica Zürn: Dark Spring autour de 50 dessins des années 50 jusqu'en 1970. En 2007, le Musée de la Halle Saint Pierre avait également rendu hommage à Unica Zürn, au travers d'une importante exposition de son oeuvre graphique. L'occasion de revenir sur cette artiste singulière.

Unica Zürn est née à Berlin -Grünewald en 1916, et est décédée à Paris en 1970. Artiste à la vie tourmentée et à la fin tragique, après une enfance plutôt heureuse, elle devient archiviste, puis monteuse de film et conseillère artistique dans une firme cinématographique.  En 1942, elle épouse Erich Laupenmühlen et arrête de travailler. Deux enfants naissent de cette union. Mais le couple va mal et Unica Zürn divorce en 1949. Elle devient alors journaliste pour plusieurs journaux allemands ou suisses, tout en menant une vie de bohême dans le milieu artistique de Berlin.

En 1953, elle rencontre Hans Bellmer. C'est le coup de foudre. Ensemble, ils décident de quitter Berlin et s'installe à Paris, où ils rencontrent les artistes surréalistes, comme Jean Arp, Max Ernst, Victor Brauner, Unica Zürn, et les écrivains André Breton, André Pieyre de Mandiargues (dont j'ai déjà parlé ici), Henri Michaux. Elle compose alors ses premiers anagrammes et réalise de nombreux dessins automatiques.
zrunEn 1954, paraît à Berlin son premier livre intitulé "Hexentexte " avec une post-face de Hans Bellmer. Dans cet ouvrage, sont réunis ses premiers dessins et ses "écritures sorcières ", les anagrammes, qu'elle construit à partir d'un mot ou d'une phrase, en changeant les lettres ou l'ordre des mots. En 1957, André Pieyre de Mandiargues préface une exposition importante de ses dessins et de ses gouaches, alors qu'elle tombe dans une première et profonde dépression.
En 1960, alors qu'elle est à Berlin pour avorter, Unica Zürn fait sa première crise schizophrénique. De nombreux autres séjours en hôpitaux psychiatriques suivront. Zürn demeure néanmoins très productive : en 1962, elle commence l'écriture d'un nouveau livre intitulé "L'Homme Jasmin : impression d'une malade mentale" (Der Mann im Jasmin) , publié en 1971, dans lequel elle consigne ses angoisses schizophrènes vécues au quotidien. Dans un autre ouvrage,  qu'elle intitule "Vacances à Maison Blanche", elle poursuit dans cette voie, en retranscrivant ses visions schizophréniques.
En 1967, elle écrit "Sombre Printemps", où elle décrit ses souvenirs d'enfance, qui sera publié en 1970. Cette même année, après avoir passé quelques jours auprès de Hans Bellmer, elle se suicide à Paris en se jetant du balcon de son appartement.

Si Unica Zürn est souvent restée dans l'ombre de Hans Bellmer (et si sur bien des aspects son oeuvre s'en repproche) j'apprécie particulièrement son oeuvre graphique. Proche des surréaliste, ses dessins peuvent être rapprochés de ceux d'un Henri Michaux ou d'un Wilfredo Lam. Exprimant ses crises et/ou ses illuminations, ils retracent en partie ses visions et son monde intime. On pourrait croire à des autoprotraits parfois végétal d'autre fois animal. Les corps déformés sont comme autant de signes étranges et fantasmogoriques. Et l'oeuvre d'Unica Zürn reste pour moi très singulier et son trait unique.

Voir un article de la revue La Mer gelée : http://www.lamergelee.org/textes_fr/txt06_0006.php
Voir l'excellent blog http://ajourneyroundmyskull.blogspot.com/2008/12/unica-zurn-solfege-and-spectacle.html
Voir Animula Vagula : http://animulavagula.hautetfort.com/archive/2006/01/30/unica-autour-de-midi-et-minuit.html

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